Lamennais

Monsieur Sylvain Milbach était venu, dans le cadre sympathique des soirées organisées par Monsieur Martin Dumont, présenter son dernier ouvrage, une biographie de Félicité de Lamennais publiée aux Presses Universitaires de Rennes qui ont repris, avec brio, la collection du Cerf sur l’histoire du christianisme.

Plus qu’une biographie

M. Milbach nous a gratifiés d’une encyclopédie, d’une somme, presque d’un outil de travail car comme tous les historiens actuels, M. Milbach ne se contente pas de raconter, de narrer sa vie (nous restons nostalgique des biographies qui nous faisaient rêver et rêvasser longtemps ; maintenant, elles nous font travailler…), il en dissèque chaque aspect en le replaçant soit dans le contexte de l’époque soit en en faisant la description exhaustive des précédentes biographies.

Finalement, nous avons, non seulement, une somme d’informations impressionnantes sur sa vie mais aussi sur son environnement car c’est cela qui intéresse l’auteur. D’emblée, il nous dit rompre avec l’interprétation psychologisante qui a entraîné presque tous les récents biographes de Lamennais sur une pente peut-être juste (et encore, on peut être plus sévère que lui et se demander lesquels, parmi les historiens qui font aujourd’hui de la psychologie, ont vraiment suivi des cours dans cette discipline qui plus est pour l’appliquer à un passé qu’il est déjà si difficile de comprendre mais un prochain billet sur ce sujet va suivre…) Donc Sylvain Milbach rappelle que c’est la publication de la correspondance (non destinée à être connue de tous) qui a poussé les auteurs à s’aventurer sur le terrain psychologique, lui préfère s’intéresser à la réception de son œuvre publiée de son temps.

Prêtre, philosophe, écrivain, journaliste, théologien, traducteur, directeur de conscience, député ainsi que libéral, ultramontain, républicain, socialiste, Lamennais épuise vite ceux qui veulent le suivre, d’où la difficulté d’avoir de vrais disciples. Pourtant la postérité mennaisienne existe, certaines publications des années ’70 titraient à  propos de Vatican II : « Le triomphe de Lamennais ».

Milbach est plus circonspect, il clôt sa consistante conclusion par le mot lourd d’échec.

Un échec ?

Nous nous demandons vraiment si l’auteur, qui a passé tant de temps à lire, à travailler et à si bien comprendre le curé breton, croit lui-même à cet échec. Lamennais a ramé mais il a cherché, il a exploré et trouvé, même s’il s’est parfois perdu en chemin, il a travaillé et lu, écrit et discuté, bataillé et été convaincu ou pas. Sa vie est un modèle si l’on pense que la vie est un combat.

Pourtant, comme Lacordaire, nous ne pouvons qualifier Féli que « d’infortuné Tertullien » car en quittant l’Eglise, il a tout quitté, il a tout perdu et il s’est trompé mais cela ne nous empêche pas de le regarder avec une affection sincère. Il a eu la chance de vivre un siècle passionnant (qui s’arrête de manière troublante presque à sa mort), il y a œuvré dans un monde en ruine, permis d’espérer et donné du souffle aux chrétiens désemparés. Qui peut en dire autant de sa vie ?

Frère Jean-Michel Potin, OP

Archiviste de la Province dominicaine de France

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