Maladie, deuil, rupture, solitude, injustice… Les épreuves n’épargnent personne. Elles font partie de la vie, mais peuvent aussi ébranler notre confiance, notre paix, notre foi. Quand tout s’effondre ou que les repères vacillent, comment garder la foi ? Comment croire, toutefois encore en Dieu, en sa bonté, en sa présence ? Ce texte propose un chemin, non pas de recettes magiques, mais de repères pour traverser la nuit sans perdre la lumière.

Accepter de ne pas tout comprendre
Face à l’épreuve, une des premières tentations est de chercher une explication : « Pourquoi moi ? » « Qu’ai-je fait pour mériter cela ? » Ou encore : « Où est Dieu dans tout ça ? »
Ces questions sont humaines. Mais elles trouvent rarement des réponses satisfaisantes. Le mal n’a pas toujours de logique. La souffrance n’est pas un calcul divin. Mais attention, vouloir à tout prix comprendre peut ajouter de la culpabilité à la douleur.
Garder la foi, c’est parfois accepter le mystère. Non pas en résignation, mais en confiance : même si je ne vois pas clair, je choisis de croire que Dieu marche avec moi.
Crier, pleurer, prier : une foi qui s’exprime
La Bible est remplie de cris : ceux de Job, des psaumes, de Jésus lui-même sur la croix. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Ainsi, garder la foi, ce n’est pas faire semblant que tout va bien. C’est oser dire à Dieu notre souffrance, notre incompréhension, mais aussi notre révolte parfois. C’est pleurer devant lui, comme un enfant dans les bras de son père.
La prière dans l’épreuve n’est pas toujours belle ou structurée. En revanche elle peut prendre plusieurs forme : elle peut être un silence, un souffle, une lueur. Mais elle est réelle. Et Dieu l’entend.
Se souvenir des grâces passées
Quand le présent est obscur, la mémoire devient une ressource. Se souvenir d’un moment où la foi nous a porté, d’une parole qui nous a relevé, d’une présence ressentie. Ce n’est pas nier l’épreuve actuelle, mais y introduire un contrepoids : Dieu a été fidèle et il le sera encore !
Garder la foi, c’est réapprendre à dire merci, même pour une petite chose. C’est allumer une veilleuse dans la nuit, en attendant l’aurore.
S’ancrer dans la Parole de Dieu
Dans l’épreuve, la Bible devient cependant un refuge. Pas comme un livre magique, mais comme une parole vivante. En effet, les psaumes offrent des mots à notre douleur. Les Evangiles nous montrent d’ailleurs un Christ proche des souffrants. L’histoire de l’Exode nous rappelle d’ailleurs que Dieu libère. Le livre de Job nous rejoint dans nos incompréhensions.
Lire un verset, le méditer, le relire… La Parole nourrit la foi, comme une goutte d’eau abreuve une terre sèche. Elle devient nourriture quotidienne.
Ne pas rester seul
L’isolement est un terrain fertile pour le découragement. Quand on est éprouvé, il peut être tentant de se refermer, de fuir les autres, de cacher sa peine. Mais garder la foi, c’est aussi accepter d’être soutenu. Par un proche, un ami, une communauté, mais aussi un prêtre. Parfois juste une présence silencieuse, une oreille qui écoute, un regard qui comprend.
La foi se vit à plusieurs. Les épreuves partagées deviennent moins lourdes. L’espérance se ravive au contact des autres.
Continuer à poser des actes de foi
Quand la foi chancelle, les actes peuvent précéder les sentiments. Allumer une bougie. Venir à la messe, même sans tout comprendre. Dire un Notre Père le matin. Offrir une journée. Ces gestes simples sont comme des pierres posées sur le chemin. Ils créent un espace pour Dieu. Ils maintiennent le lien. Garder la foi, ce n’est pas toujours ressentir Dieu. Néanmoins, c’est choisir de rester en relation avec Lui, même dans le désert.
Accepter d’être transformé
L’épreuve n’est pas une punition. Mais elle peut devenir un lieu de croissance. D’ailleurs beaucoup de croyants témoignent que leur foi est devenue plus profonde, plus vraie, après une épreuve. Cela ne veut pas dire que la souffrance est bonne. Mais qu’elle peut devenir féconde. Si elle est traversée avec Dieu, elle peut en effet purifier notre regard, notre confiance, notre relation à l’essentiel.
Garder la foi, c’est aussi croire que rien, pas même le mal ou la douleur, ne peut éteindre l’amour de Dieu pour nous.
S’abandonner à Dieu
Quand tout semble inutile, quand la prière ne vient plus, quand même les mots de la foi semblent vides, il reste une chose : l’abandon. Comme Jésus sur la croix : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. »
Ce n’est pas fuir. C’est remettre sa vie entre les mains d’un autre, plus grand que soi. C’est faire un acte ultime de confiance. Et c’est souvent là, dans cette dépossession, que la foi se révèle pour ce qu’elle est vraiment : un lien, un souffle, une main tenue dans la nuit.
Poème brésilien
Pour illustrer notre propos, nous vous proposons la lecture d’un poème d’Ademar de Barros :
« Une nuit, j’ai eu un songe.
J’ai rêvé que je marchais le long d’une plage,
en compagnie du Seigneur.
Sur le sable apparaissaient, les unes après les autres,
toutes les scènes de ma vie.
Et j’ai vu qu’à chaque scène de ma vie,
il y avait deux paires de traces de pas sur le sable :
L’une était la mienne, l’autre était celle du Seigneur.
Ainsi nous continuions à marcher, jusqu’à ce que tous
les jours de ma vie aient défilé devant moi.
Alors je me suis arrêté et j’ai regardé en arrière.
J’ai remarqué qu’à certains endroits, il n’y avait
qu’une seule paire de pas dans le sable, et cela correspondait
exactement aux jours les plus difficiles de ma vie,
les jours de grande angoisse, de grande peur
et aussi de grande douleur.
Peiné, j’ai dit au Seigneur : « Seigneur, tu m’avais dit
que tu serais avec moi tous les jours de ma vie
et j’ai accepté de vivre avec Toi.
Mais je vois que dans les pires moments de ma vie,
il n’y avait qu’une seule trace de pas.
Je ne peux pas comprendre que tu m’aies laissé seul
aux moments où j’avais le plus besoin de Toi. »
Le Seigneur répondit : « Mon fils, tu m’es tellement précieux !
Je t’aime ! Je ne t’aurais jamais abandonné,
pas même une seule minute !
Les jours d’épreuves et de souffrances il n’y a qu’une seule trace de pas,
parce que ces jours-là, je te portais. »
La foi, une lumière obstinée
Ainsi, garder la foi dans l’épreuve, ce n’est pas nier la douleur. Mais ce n’est pas non plus attendre un miracle spectaculaire. C’est choisir, jour après jour, de croire que Dieu est là. Qu’il pleure avec nous. Qu’il nous porte quand nous n’avons plus la force.
Et c’est souvent dans l’après, en relisant le chemin, que l’on s’aperçoit qu’on n’était pas seul. Que la foi, même vacillante, a tenu bon. Comme une flamme fragile mais tenace. Et que cette flamme, loin d’être éteinte, peut par ailleurs encore illuminer la route.
