Les trois coups ont retenti ! Pour cette rentrée 2026, le numéro 108 d’Amitiés dominicaines nous emmène là où l’on ne s’attend peut-être pas à croiser des frères prêcheurs : sur les planches ! Théâtre au couvent, Festival d’Avignon, rencontres avec des artistes, détour par Tallinn… Mais rassurez-vous, les frères n’ont pas troqué définitivement leur habit blanc contre un costume de scène. Car derrière le rideau, c’est toujours de rencontre, de dialogue et de prédication qu’il est question.

Lever de rideau sur Amitiés dominicaines N°108
« C’est sur les planches que ce numéro d’Amitiés dominicaines nous convie » , annonce d’emblée frère Nicolas Tixier, prieur provincial de la Province de France, dans son éditorial. Et pour cette 108e édition d’Amitiés dominicaines, le théâtre n’est certainement pas qu’un prétexte !
Depuis plusieurs années, frères et laïcs dominicains entretiennent en effet des liens avec le monde du spectacle vivant. Pourquoi ? Parce que le théâtre est un formidable lieu d’observation de l’être humain. Sur scène se jouent nos joies, nos peurs, nos contradictions, nos espérances et parfois nos questions les plus profondes. Comme le souligne frère Nicolas, il y a d’ailleurs là un paradoxe qui devrait plaire aux lecteurs d’Amitiés dominicaines : « il faut parfois mettre des masques et jouer la comédie pour faire surgir la vérité » . Voilà qui méritait bien tout un dossier !
Quand le théâtre entre au couvent…
Premier acte de ce numéro 108 d’Amitiés dominicaines : direction les couvents de Strasbourg et de Lille avec frère Rémy Valléjo. Depuis 2002 à Strasbourg, puis depuis 2019 à Lille, le spectacle vivant s’est invité entre les murs des couvents. Concerts, bien sûr, mais également théâtre, danse, performances et rencontres avec des comédiens et metteurs en scène. Au fil des années, des liens se sont ainsi noués avec de grandes institutions culturelles : Théâtre National de Strasbourg, Opéra du Rhin, Opéra de Lille ou encore Théâtre du Nord. Des artistes sont accueillis dans les couvents. Les frères interviennent dans les théâtres. Certains metteurs en scène viennent même chercher auprès d’eux un éclairage théologique ou historique pour nourrir leur travail.
Le théâtre au couvent serait-il devenu une nouvelle manière de prêcher ? C’est bien ce que suggère ce dossier. Non pas nécessairement en mettant directement Dieu sur scène, mais en créant des espaces où l’on peut parler de l’homme, de ses interrogations et, finalement, de ce qui le dépasse.
…et quand les dominicains vont au théâtre !
Changement de décor : Avignon ! Voilà maintenant vingt ans qu’une petite équipe de dominicains pose ses valises chaque été dans la cité des Papes pendant son célèbre Festival. Et leur première mission risque de faire quelques envieux : aller au spectacle ! Mais attention, il ne s’agit pas simplement de profiter du Festival. En s’asseyant parmi les spectateurs avec leur habit blanc, les frères commencent par faire quelque chose de très simple : écouter.
Frère Thierry Hubert décrit dans cette 108e édition Amitiés dominicaines cette présence en trois actes : « s’asseoir et écouter », « rencontrer et dialoguer » , puis « se recueillir et rendre grâce » . Car après les représentations viennent les rencontres avec les artistes. Depuis 1967, l’association Foi et Culture organise pendant le Festival des échanges publics avec des comédiens et metteurs en scène. Les dominicains participent aujourd’hui pleinement à cette aventure.
Et lorsque la journée se termine ? Retour à leur quartier général avignonnais, où l’eucharistie permet de confier dans la prière artistes, techniciens, organisateurs et festivaliers. Une manière très dominicaine, finalement, d’aller à la rencontre du monde plutôt que d’attendre qu’il pousse la porte du couvent.
Avignon, Tallinn… et même le Pape !
Les planches de cette 108e édition d’Amitiés dominicaines nous emmènent ensuite beaucoup plus loin. Frère Thomas Carrique raconte notamment sa rencontre avec la metteuse en scène espagnole Angélica Liddell. Une histoire commencée bien avant son entrée chez les dominicains et qui, au fil des années, l’a conduit d’Avignon à Genève, Lausanne ou Strasbourg. Et l’histoire pourrait connaître un nouvel acte pour le moins inattendu : une rencontre entre Angélica Liddell et le pape Léon XIV à l’occasion de sa venue en France !
Puis direction l’Estonie. À Tallinn, Lembit Peterson, acteur, metteur en scène et laïc dominicain, nous fait découvrir le Theatrum. Fondé en 1994, ce lieu associe création théâtrale, recherche et pédagogie dans un environnement profondément marqué par l’héritage chrétien.
Shakespeare, Molière, Tchekhov, Claudel, Bernanos, Ionesco… plus d’une centaine de spectacles y ont été portés à la scène. Une belle démonstration de ce que frère Yves Habert explique dans l’introduction de ce numéro : pour les dominicains, le théâtre peut devenir un véritable espace « de parole, de rencontre et de questionnement spirituel » .
Après les planches, reprenons la route !
Mais ce 108 numéro d’Amitiés dominicaines ne se joue pas uniquement au théâtre. Une fois le dossier refermé, la deuxième partie du magazine nous invite à « s’engager à la suite de saint Dominique » .
Premier arrêt à Lund, en Suède. Le 5 juillet 2026, frères Andreas Riis, Benjamin Ekman et Thomas Carrique y ont reçu l’ordination sacerdotale des mains de Mgr Czeslaw Kozon, évêque de Copenhague. Un moment de joie pour toute la famille dominicaine, réunie dans cette partie de la Province de France que beaucoup connaissent moins.
Puis il faut chausser les souliers de marche ! À Estaing, sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, plusieurs équipes de frères se sont relayées pendant l’été auprès des pèlerins. Laudes, visites de l’église, messe, complies… et même apéritif, décrit avec malice comme un « moment stratégique pour les rencontres » !
Car les marcheurs portent souvent bien davantage qu’un sac à dos. Questions sur leur vie, choix à poser, épreuves traversées ou recherche spirituelle trouvent naturellement leur place dans les conversations avec les frères.
Un été pour « habiter le temps »
Dernière étape avant de refermer ce numéro : Belle-Ile-en-Mer. À Kergallic, des adultes de 30 à 45 ans se sont retrouvés autour d’un thème particulièrement bien choisi pour notre époque : « Habiter le temps » . Prière, étude, échanges, silence, vie fraternelle, promenades et services du quotidien ont rythmé cette session estivale. Avec, tout de même, un moment difficile à concurrencer : des laudes célébrées au lever du soleil face à l’océan, puis les vêpres après la contemplation de l’éclipse solaire du 12 août ! Une belle manière de terminer l’été avant de retrouver le rythme parfois nettement moins contemplatif de la rentrée…
Bonne rentrée avec Amitiés dominicaines 108e numéro !
Du Festival d’Avignon aux chemins de Saint-Jacques, de Tallinn à Lund en passant par Belle-Ile-en-Mer, ce nouveau numéro illustre une nouvelle fois l’étonnante diversité des engagements de la Province dominicaine de France. Théâtre, rencontres avec des artistes, marche, enseignement, prière, vie fraternelle : les décors changent, mais la mission reste la même.
Et peut-être est-ce finalement ce que raconte le mieux cette 108e édition d’Amitiés dominicaines : prêcher ne signifie pas seulement prendre la parole. Cela commence parfois par s’asseoir dans un théâtre, écouter ceux qui montent sur scène et accepter de se laisser toucher par ce qu’ils ont à dire.
Mais chut… Les lumières s’éteignent. Les trois coups ont retenti. Bonne rentrée… et surtout, bonne lecture de ce 108 numéro d’Amitiés dominicaines!
